vous entendez le témoignage d'Ilma Choffel, veuve du cadre supérieur de la Poste,
Nicolas Choffel

L’incivilité organisationnelle - fonctionnelle , dans le cadre du travail est une entreprise de dérégulation de l’activité d’une personne ou d’un groupe de personnes qui, toujours, est à considérer comme intentionnelle. Elle peut aussi s'appuyer sur des méthodes de management controversées[1]-[2]qu'il serait nécessaire de répertorier, d’analyser.

Elle est la conséquence d'une intention matérialisée en programme qui peut

- soit manifester ouvertement cette incivilité (comme la pression exercée sur les femmes enceintes pour les exclure, de l'activité, et des postes, à responsabilités)

- ou bien ne jamais l'expliciter comme telle, lorsqu'elle n'affiche que le pourcentage d'une productivité et les moyens techniques pour y arriver, laissant alors chacun s'affronter à ce qui lui semble se manifester comme un jeu de forces dont les acteurs ont disparu , ou semblent inexistants (voir infra la rubrique  Delenda est!)[3] [4]. Et la non prise en compte des conséquences pour les personnes relève aussi bien d’une intention.

Cette dérégulation, ce dérèglement,  est en général corrélé soit à une optique de réduction du personnel, ou à une délocalisation ou au transfert d’activités à des sous-traitants, ou à une accélération excessive de la productivité[5], excessive au regard de la santé des personnes.

Elle est le fait soit d’une personne ou d’un groupe de personnes, dont la place dans l’organigramme peut être très diverse, et qui apparaissent comme effacés à l'autre bout du processus. Mais leur responsabilité n’en conserve pas moins une certaine traçabilité. Elle est réalisée via des relais fonctionnels, soit humains qui la répercutent sous contrainte, ou dans l’adhésion voire l'exaltation et l'ardeur, soit techniques.

Cette dérégulation se manifeste soit par un déchaînement, un déferlement et une fréquence accélérée des mails, des réunions obligatoires et des projets à mener à bien, menant à la désorganisation les plannings et le suivi des travaux, à leur fragmentation autant qu’à leur multiplication et leur extension dans le temps.

Comme elle peut aussi revêtir à l’inverse la forme d’un tarissement, d’un assèchement des activités, graduel ou brutal, qui va jusqu’à la fameuse « mise au placard » des personnes. C’est ici une des formes du harcèlement reconnu comme tel[6].

Cette dérégulation peut être ponctuelle dans le temps, ou au contraire permanente et constante, localisée sur une personne, un service, ou généralisée à l’ensemble de l’organisation de travail, des services et des départements.

Dans tous les cas elle aboutit à des méthodes contraires à la dignité de l'homme[7] -[8] -[9] - [10] -[11]

 

L’incivilité organisationnelle - fonctionnelle  se combine avec
le harcèlement moral, la maltraitance managériale[12] -[13] qu'elle déborde cependant

-     la mise en pratique de fantasmes de toute-puissance qui se réalise en abus de pouvoir[14]

-     L'humiliation et la ridiculisation devant les collègues [15] -[16]- Mais cette humiliation revêt aussi des formes plus discrètes comme de modifier les tâches d'une personne pour la rabaisser - .(Ce que décrivent très précisémment les pages 100 à 103 du livre de Stéphanie Gibaud : La femme qui en savait vraiment trop, ED Cherche midi, Février 2014) 

-     la constante mise en déficience d'une personne  publiquement ou en vis à vis, par des jugements négatifs, explicites ou implicites

-     le bombardement d’objectifs, quelquefois impossibles à réaliser etc.

-     - Toute production d'une mauvaise surprise aux fins de produire un élément anxiogène pour un collègue -  

       - faire pression sur les femmes qui vont être mères pour les exclure de l'activité et des postes à responsabilité.

 

Elle peut vouloir pousser le collaborateur lui-même à s’engager dans  l’incivilité relative à l’éthique professionnelle[17].

Celle-ci peut revêtir plusieurs formes :

-     exiger d’un responsable comptable qu’il effectue des écritures illégales, si minimes soient-elles.[18]

-     pousser un collaborateur à la faute ou lui inventer une faute.. [19]

-     Mettre une personne dans la situation de ne pas respecter les éléments contractuels avec un prestataire sachant que ce dernier a les pieds et poings liés du fait du contexte du marché.

- Le mettre en demeure d'exercer lui même une pression sur ses collègues.

 

   Elle comprend les conduites d’intrusion :

- exiger du collaborateur des formes de démonstration de ses sentiments, de ses affects en public pour les  valeurs de l’entreprise.[20]

- faire fi, sous toutes ses formes, du respect de la vie privée

- lesdits " points d'humeur" en début de réunion.[21]


 

[1] Fabrice Anguenot - Lean Six Sigma : halte à la gabegie - La lettre du cadre territorial - 1er mars 2012

[2] Poste stressante op cit pp 130 , 131

[3] Du Roy  Ivan, Orange stressé Ed La découverte, 2009,  p 114 " adapter le travail de son équipe non plus au rythme mais à la fluctuation de la demande".

[4] Michela Marzano - Extension du domaine de la manipulation - De l'entreprise à la vie privée- Pluriel, Paris 2010 p 132

[5] Le monde - vendredi 26 octobre 2012- "En 30 ans, le CHSCT est devenu la "bête noire" des directions -

[6] Social pratique N°586 -10 mars 2012 p 20- supplément à Liaisons sociales - sur le harcèlement moral et les risques psychosociaux

[7] ibid p71 - 81-

[8] Lauren Weisberger - Le diable s'habille en Prada - Ed Pocket

[9] Des méthodes de management prônent ouvertement l'assimilation ou la mise en valeur de l'animal chez l'homme : " Maria-Paz Duquenoix - " La conscience de la proie, la concentration du prédateur",  Personnel, revue de l'ANDRH (Association Nationale des DRH)  N°527 - Février 2012 - lire sur la question du comportement et pour les autres chapitres de nos rubriques : D'une science à l'autre sous la direction d'Isabelle Stengers - Des concepts nomades - Paris, Seuil, 1987 - chapitres : "Le paradigme du calcul" par Pierre Levy- "Sélection/concurrence" - par Michel Herland et Michel Gutsatz" - "Comportement- Une réalité en quête de concept" par Jacques Gervet.

[10]  Lire aussi "L'évaluation pour tous" où un accent dévoyé est mis sur la question du savoir-être, l'expression lavage de cerveau ici est certainement ringarde mais nomme au plus juste la chose en attendant d'en trouver une plus appropriée- Le nouvel économiste N°1603- Cahier N°2 -du 8 au 14 mars 2012 -

[11]  Voir le film de Mathias Gokalp Rien de personnel -

[12] Ramaut Dorothée, Journal d'un médecin du travail, Le Cherche midi p89-42-46 -47-58-

[13] A l’instar de la pratique largement diffusée et validée par la CNIL qui consiste à enregistrer les conversations entre les télé-acteurs et les clients pour pouvoir répondre plus précisément à certains litiges, ne faudrait il pas faire adopter et valider la possibilité de l’enregistrement des échanges entre un manager et son ou ses subordonnées dont la pratique s’est largement dévoyée en multipliant les entretiens informels et au pied levé rendant difficile au salarié, d’une part de s’y soustraire, car le motif n’en est pas donné à l’avance, d’autre part, d’y répondre du fait du déni qui peut facilement être posé sur ce qui s’y est dit.

[14] Ibid p 40 et41 - 49-

[15] ibid p58 - 83

[16] Sébastien Fontenelle, Poste stressante, op cit, p 103 - 107 - 108

[17] INRS- Institut National de la Recherche et de la Sécurité -"Démarche d'enquête paritaire du CHSCT concernant les suicides ou les tentatives de suicide" p 21 : "souffrance éthique"-

[18] Jean de Maillard, L'arnaque - La finance au-dessus des lois et des règles - Ed Gallimard- Paris 2010- Voir l'introduction et p93-109-154-204 à 207- et tout le chapitre 11 " La fraude comme alternative à la politique"

[19] ibid p50-

[20] Lauren Weisberger - Le diable s'habille en Prada - Ed Pocket- Paris

[21]  Il ya une subtilité dans cette contrainte qui semble être appliquée pour les « meilleures raisons « : on demande aux collaborateurs de dire s’ils sont de bonne ou de mauvaise humeur et pourquoi ? Untel va par exemple dire que le décès d’un proche le met dans un état d’esprit qui ne lui permet pas pour le moment d’être de bonne humeur avec les autres etc…On voit que cette transparence exacerbée peut, pour certaines personnalités, se révéler fortement intrusive et provoquer une perte de repère ( la limite entre l’intérieur et l’extérieur, la limite entre le privé et le public etc.)